Vendredi dernier, le gouvernement a décrété la fermeture partielle des commerces. Nous ne sommes ni épidémiologistes, ni virologues, ni politiques. Juste des représentants des travailleurs et des citoyens, qui pensent, réfléchissent, comparent les choses et constatent des différences incompréhensibles. L’e-commerce (ou plutôt le business de l’e-commerce) ne semble nullement inquiété par la crise Covid. Au contraire, les ventes records sont au rendez-vous. Pour les travailleurs de ces entreprises, il n’est pas toujours évident que les règles sanitaires soient appliquées, ne fût-ce que partiellement. Ces groupes sont en effet trop souvent basés à l’étranger, avec des conditions de travail en-dessous de tout, trop peu de contrôle syndical et de contrôles sanitaires.
Deux poids, deux mesures et des attitudes qui n’aident pas.
Les nouvelles mesures édictées par le gouvernement visent à diminuer la propagation du virus sans paralyser pour autant l’économie, tout en sauvegardant notre système de soins de santé. Un savant équilibre entre capitalisme et sécurité sanitaire… Le sort des travailleurs de première ligne reste néanmoins relativement secondaire ! On peut raisonnablement se poser la question de savoir si la mesure va atteindre son but.
Alors que la pandémie nous amène chaque jour son lot de chiffres insoutenables, tant pour nos soins de santé que pour le personnel qui y est attaché, le weekend dernier a été synonyme de cohue dans les magasins. Des ventes records et des comportements individualistes parfois surréalistes, avec parfois même l’intervention de la police. Si dans quinze jours, nous avons un nouveau pic, il ne faudra pas s’étonner…
Commerces essentiels : une liste qui pose question
Selon l’arrêté ministériel publié suite aux récentes décisions du gouvernement en matière de reconfinement, les surfaces de ventes qui peuvent rester ouvertes au public sont celles qui offrent principalement des biens essentiels, à savoir : les magasins d'alimentation, de produits d'hygiène et de soins, d'alimentation pour animaux, les pharmacie, les marchands de journaux et les librairies, les stations-services, les magasins de télécommunications, de dispositifs médicaux, de bricolage, les magasins de fleurs et plantes, commerce de tissu, etc.
Cette liste des commerces essentiels nous en dit long sur les préoccupations de nos responsables politiques. Derrière cette énumération se cachent en effet souvent de grandes enseignes…
Bon nombre de magasins qui doivent fermer leurs portes sont en fait des petits magasins, qui dans les faits, ont souvent pris plus de mesures sanitaires que les grandes enseignes et que l’e-commerce.
Par ailleurs, il est utile de rappeler que la moitié des travailleurs du commerce sont occupés chez des petits indépendants , souvent dans le non alimentaire (institut de beauté, petits magasins spécialisés, …). Les risques de perte de salaire et d’emplois sont bien réels.
Au regard des choix effectués par le gouvernement, on constate également que des secteurs clés sont visés dans les faits : la mode et le textile ainsi que les magasins d’électroménager, tv, hifi, etc. Il s’agit curieusement des secteurs où l’e-commerce est le plus présent. Nous savons aussi que la Belgique est à la traine sur le sujet. Le réveil sera particulièrement difficile pour les enseignes ayant fermé leurs portes…
L’E-commerce, le petit privilégié ?
Pendant ce temps-là, le grand gagnant de l’histoire c’est effectivement l’e-commerce. Les « purs players » comme on les appelle font leurs choux gras. Après avoir fait la file dans les magasins ce weekend, on sait que les clients se rabattront indéniablement vers l’e-commerce, le click & collect. Business as usual…
Là aussi, sans trop de concertation, ces modes de ventes pourront être mis en place avec plus ou moins de succès par les grandes enseignes. Et le chômage temporaire servira de variable d’ajustement, le travailleur étant toujours le dindon de la farce qui doit s’adapter et perdre une partie de son salaire.
Depuis plusieurs année, le commerce est à un tournant, il doit se réinventer. L’e-commerce a déjà fait des dégâts considérables en termes d’emplois malgré les interpellations répétées des organisations syndicales envers Comeos, la fédération du commerce. La crise Covid est un nouveau coup d’accélérateur inattendu à une situation qui était déjà catastrophique dans le secteur.
Le commerce Post Covid devra être différent
Le 12 novembre prochain, Comeos a finalement accepté de fixer une date pour discuter de l’avenir du commerce. Nous y serons naturellement présents avec un projet clair : le commerce de demain devra être respectueux des travailleurs, de l’environnement. Chaque travailleur devra y avoir sa place, malgré les nombreux changements qui ne manqueront pas d’intervenir. Des plans de formation ambitieux devront être mis en place . Les solutions trouvées dans la précipitation, sans concertation, ne sont pas toujours empruntes de bon sens.
Un avenir n’existera pour le commerce que s’il est négocié et porté par tous, crise du Covid ou pas. La société post Covid doit être différente, aussi pour le secteur commerce. Pas question de revenir au capitalisme débridé connu les dernières années.
