Le confinement a eu un fort impact sur toute la vie sociale et économique. Cet impact se fait particulièrement sentir sur la filière aéronautique.
Celle-ci représente pour notre pays et nos régions, une activité structurante, un gisement d’emplois et une source d’innovation importante. Pour notre continent elle constitue également un engagement autour d’un des seuls grands projets industriels européens : Airbus.
Les travailleurs de ce secteur font montre d’un niveau de compétence qui a fait la force et la renommée de cette activité dans notre pays. Ils sont d’ailleurs rares, les avions qui décollent dans le monde sans avoir à leur bord un élément de structure, un composant, un élément de moteur, etc. pensé et/ou façonné par des travailleurs dans les usines de notre pays.
Malgré le déconfinement, la quasi-majorité des avions sont cloués au sol et la plus grande incertitude règne sur le niveau d’activité à moyen et long terme. Néanmoins, nous pouvons faire état de quelques certitudes :
- une chose semble acquise, le doublement annoncé du trafic aérien à l’horizon 2030 ne se produira pas. Cela impactera de manière significative le niveau de développement de l’activité planifiée par les acteurs du secteur ;
- sans soutien des pouvoirs publics européens, nationaux et régionaux, la filière aéronautique n’aurait pas connu le développement qu’on connaît. C’est l’initiative publique qui a été déterminante. La filière aéronautique s’est largement construite sur la commande publique. Les investissements publics continuent d’ailleurs de représenter l’un des « poumons » de l’activité dans le secteur ;
- inversément, la part de logique financière laissée au secteur a contribué à l’affaiblir : ralentissement des investissements de R&D au nom de la rétribution des actionnaires ;
- les entreprises du secteur ont engrangé des milliards de bénéfices au cours des 10 dernières années ;
- le carnet de commandes d’une entreprise comme Airbus continue de représenter plusieurs années de production.
Il y a donc un avenir pour la filière aéronautique, si nous décidons collectivement de protéger l’emploi et les compétences des travailleurs et travailleuses de ce secteur. Il y a un avenir pour cette filière si les pouvoirs publics décident d’obtenir des garanties sur l’emploi auprès des entreprises. Il y a un avenir pour cette filière, si elle est mobilisée autour de défis d’avenir : comme par exemple investir largement pour produire l’avion écologique du futur.
Les Métallos de la FGTB refusent que cette période de ralentissement de l’activité ne se transforme une nouvelle fois en casse sociale et en dégradation des conditions de travail des travailleuses et travailleurs du secteur. De ce point de vue, l’annonce d’une intention de licenciements collectifs chez Hexcel Composite et le niveau de chômage temporaire des entreprises du secteur, doivent agir comme une sonnette d’alarme pour les décideurs politiques.
À court et moyen terme, des solutions existent également, comme la réduction collective du temps de travail pour absorber la période de baisse d’activité, la création et la relocalisation d’un pôle public et industriel de la santé autour des compétences des travailleurs du secteur, le développement d’une filière industrielle autour de la mobilité durable, …
Nous avons l’occasion unique de mobiliser les compétences des travailleuses et travailleurs pour des projets positifs et d’avenir. Il ne pourrait être question de gaspiller des talents manuels et intellectuels.
De ce point de vue, les pouvoirs publics, à tous les niveaux, doivent accepter de jouer un rôle central. Ils ne doivent pas être spectateurs mais acteurs. Ils doivent jouer un rôle tant dans les entreprises, où ils sont à la manoeuvre au sein des Conseils d’administration que pour les autres. Des prises de contrôle public doivent être envisagées chaque fois que c’est nécessaire.
Nous demandons également au gouvernement fédéral qu’il plaide au niveau européen pour mobiliser l’ensemble de la filière autour d’objectifs positifs et durables, tout en garantissant une répartition harmonieuse des activités sur le continent.
Avant les élections de mai 2019, nous avions interpellé la plupart des partis politiques sur leur vision de cette filière et leurs intentions s’ils accédaient aux responsabilités. Tous, sans exceptions, avaient unanimement identifié l’aéronautique comme un pilier important pour le développement de l’activité industrielle et la prospérité de notre pays et de nos régions.
L’inquiétude est de plus en plus grande dans nos usines autour de la pérennisation de l’activité. Plusieurs pays européens ont déjà annoncé des plans pour leurs secteurs nationaux.
