Au lendemain de l’annonce, des rencontres se sont tenues entre les organisations syndicales et les gouvernements wallon et fédéral. Ce qu’il en ressort est à peu de choses près ce qu’on a pu lire dans la presse ces dernières 24h. Les politiques se disent bien conscients des conséquences terribles pour les 1.800 travailleurs concernés et veulent réactiver les cellules de reconversion collectives. Le gouvernement wallon a en effet mandaté le Forem pour activer ses dispositifs d'accompagnement et assure que toutes les équipes seront mobilisées pour assurer une prise en charge personnalisée des travailleuses et des travailleurs.
De la part d’un gouvernement qui avait annoncé vouloir supprimer ce type de dispositif, c’est un comble. Cela signifie donc qu’il faut une catastrophe sociale pour que nos politiciens se rendent compte de l’utilité de l’accompagnement des travailleurs licenciés. Cependant, ce n’est pas cela qui solutionnera tout. Rappelons que chez Cora, 263 personnes ont plus de 60 ans et 242 ont plus de 55 et 58 ans. Combien d’employeurs accepteront d’engager ces travailleurs âgés, qui ont une formation basique et qui ont effectué toute leur carrière dans le commerce ? Qu’adviendra-t-il d’eux, lorsqu’après avoir galéré pour retrouver un emploi qui ne viendra pas, ils seront rayés des allocations de chômage après deux ans (un autre mesure dans les cartons du gouvernement) ?
Une option pourrait être de leur octroyer un régime de fin de carrière spécifique et c’est bien là où le gouvernement a un rôle à jouer. Dans le cadre d’entreprises en difficultés ou en restructuration, il peut en effet décider d’assouplir la législation sur les prépensions via un Arrêté Royal. C’est ce que nous demandons clairement aujourd’hui : chers responsables politiques, vous avez la possibilité de faire en sorte que les travailleurs de Cora ne deviennent pas de la chair à CPAS. Ouvrez la possibilité à des prépensions auxquelles ils auraient eu droit il y a quelques années encore.
Mais au-delà des solutions qui pourront être trouvées pour amoindrir l’impact social de la disparition de Cora, il faut également se poser les bonnes questions. Quelle enseigne sera la suivante à fermer ses portes ? Quel avenir pour le commerce en Belgique ? Comment faire en sorte d’aider le secteur à s’en sortir ?
Certainement pas avec les mesures qui sont sur la table du gouvernement Arizona. L’augmentation des flexi-jobs et des jobs étudiants n’ont de cesse de détruire l’emploi de qualité dans le commerce. L’élargissement des heures d’ouverture et du dimanche, la suppression du jour de repos obligatoire, l’augmentation de la flexibilité ainsi que le jeu des nouveaux arrivants comme les franchisés crée une concurrence déloyale qui tire vers le bas les conditions de travail mais aussi le secteur tout entier. L’harmonisation des commissions paritaires est un dossier qui est sur la table depuis des années et qui doit être discuté entre interlocuteurs sociaux. Mais elle ne peut être source de dumping social et doit permettre au contraire de tendre vers un mieux pour tous. Un point sur lequel il serait grand temps d’intervenir est celui de la limitation du nombre de surfaces commerciales en Belgique. Les nouveaux arrivants pullulent et détricotent jour après jour l’emploi.
Nous l’avons dit il y a longtemps déjà : le secteur du commerce est malade et il est grand temps de le soigner. Cora vient d’en faire les frais et disparait. Aux patrons, nous disons : osez le dialogue sectoriel pour éviter le dumping social et organisons une table ronde sur l’avenir du commerce. Aux gouvernement, nous souhaitons rappeler que le secteur commerce, de la logistique à la caissière, du géant de l’e-commerce à l’épicier, ce sont pas moins de 500.000 travailleuses et travailleurs. Ne sacrifiez pas les travailleurs du commerce avec de la flexibilité de la précarité, ne créez pas un secteur avec des emplois au rabais. De belles carrières doivent continuer à exister dans ce secteur, c’est possible, ce sont juste des choix politiques !
